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Emmanuel Sève, Xerfi-Precepta : « L'assurance santé en pleine révolution de son approche métier »

  • vendredi 10 mars 2017 15:36
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Emmanuel Sève, auteur de l'étude Emmanuel Sève, auteur de l'étude © DR

Entretien avec Emmanuel Sève, auteur de l'étude approfondie « La nouvelle donne sur le marché de l'assurance santé et les projections 2020 – ANI, contrats responsables, réforme ACS, contrats seniors : premiers bilans et perspectives d'impact du Big Bang réglementaire » au sein du groupe Xerfi-Precepta.

Vous avez publié, dernièrement, une étude d'envergure dans laquelle vous vous êtes attaché à analyser l'impact des récents bouleversements réglementaires sur le secteur de l'assurance santé complémentaire. Quels grands enseignements vos recherches vous ont-elles permis de tirer ?

Nous nous sommes intéressés à trois points fondamentaux : les bouleversements du marché liés aux nombreuses réformes initiées ces derniers mois, l'impact sur les positions des différentes familles d'acteurs impliquées dans ces changements, et enfin une réflexion sur les grands défis posés par ces évolutions, en les confrontant à ceux qui étaient déjà en place dans le secteur, à savoir s'ils font référence à une inflexion ou finalement à une continuation avec une prolongation ou une exacerbation des challenges actuels ? Pour la première strate que nous avons étudiée, nous discernons l'émergence de deux tendances majeures, en contradiction l'une avec l'autre. Grâce à ces récentes réformes, de nouvelles opportunités sont apparues sur le marché de l'assurance santé complémentaire. Des opportunités de développement prioritairement avec la hausse des taux d'équipement sur les contrats collectifs mais également une augmentation des souscriptions sur les options ou les surcomplémentaires. Nous distinguons également, en parallèle, des opportunités concurrentielles sur les mobilités de publics ou les changements de critères, de forces et d'avantages entre les organismes. Second élément qui contrebalance cet argument des nouvelles opportunités, nous constatons malgré tout que les modifications réglementaires induites engendrent et accentuent des impacts déflationnistes sur les prix, mais également sur le niveau des garanties et de couverture globale des clients. La réforme des contrats responsables a, notamment, été parfois vécue de manière très brutale par certains acteurs du marché avec cette intrusion de l’État qui a imposé et cantonné les degrés de remboursement sur les soins. Les procédures de labellisation et d'appels d'offres sur l'ACS (Aide au paiement d'une Complémentaire Santé) ont également chamboulé les professionnels avec une structuration qui a comprimé les tarifs. Les contrats seniors allaient s'engager dans la même voie de normalisation des offres mais ils semblent aujourd'hui gelés et peu enclins à revenir à l'ordre du jour du gouvernement avant l'élection présidentielle. Ainsi, pour résumer, les nouvelles opportunités se confrontent aux pressions et tensions déflationnistes qui mettent l'accent sur un critère prix tiré vers le bas.


Comment les différents acteurs se comportent-ils par rapport à ces récentes réformes ? Vous parliez à l'instant d'opportunités, sont-ils tous en position d'en profiter ?
Sur ce point-là, nous distinguons un prolongement et une accentuation des tendances qui avaient déjà foi et loi avant la mise en place des différentes réformes. Les victimes principales restent les acteurs traditionnels se démontrant inertes en raison de leurs modèles trop solides, à savoir les institutions de prévoyance et les mutuelles du code de la Mutualité, les deux dominants en assurance santé collective et individuelle. Ceux qui s'en sortent avec un champ d'opportunités plus important sont les sociétés d'assurance, les mutuelles d'assurance, les courtiers et les bancassureurs. Ces acteurs sont suffisamment bien structurés pour être en mesure de saisir efficacement les mouvements sur les marchés, notamment grâce à leur capacité à segmenter, à s'adapter, à se montrer plus réactifs et mobiles. Les institutions de prévoyance et les mutuelles du code de la Mutualité se retrouvent face à des défis qui ne sont pas totalement nouveaux pour elles mais qui les poussent plus précipitamment à faire un pas, à franchir un seuil dans l'évolution de leur modèle. Un postulat qui se discerne bien à l'observation des institutions de prévoyance qui doivent développer une approche client pour s'ouvrir aux petites entreprises, à l'instar d'une approche plus administrative auparavant.


A la lueur de ces constats, quels vont être les grands challenges pour le secteur de l'assurance santé complémentaire ?

Partant de l'observation que l'objectif initial de ces réformes était de favoriser l'accès à une complémentaire santé de qualité à coût réduit pour l'ensemble de la population française mais qu'elles ont engendré des effets pervers et secondaires qui n'étaient pas attendus avec un risque accru de baisse de couverture, les challenges pour le secteur sont déterminants. Parmi les défis clés, qui concernent notamment les mutuelles du code de la Mutualité que nous évoquions précédemment, ces dernières vont devoir se positionner pour faire face à la tendance de re-segmentation des marchés, une logique qui va totalement à leur encontre puisqu'elles reposent sur un concept fort de solidarité. La solution que nous voyons apparaître depuis quelques années avec la concentration et le rapprochement des acteurs reste d'actualité. Le phénomène de mutualisation des coûts et d'industrialisation devient de plus en plus nécessaire, surtout avec la multiplication des petits contrats difficiles à viabiliser avec la mise en place de l'ANI, ou encore avec les modèles de labellisation comme avec la réforme de l'ACS. Sur ce point justement, des consortiums ont été mis en place entre les acteurs afin de répondre à l'appel d'offres lancé par le gouvernement. En finalité 11 consortiums, des pôles de même famille voire mixtes, ont été sélectionnés alors qu'auparavant 600 acteurs entendaient se diriger vers ce marché. Second défi, les re-segmentations des publics, sur lesquels débouchent ces évolutions de la réglementation, mettent en lumière des besoins croissants de personnalisation des solutions et des approches, notamment sur la relation client pour la considérer dans une vision élargie. Cela suppose une diversification plus importante des offres, le développement d'une démarche plus sectorielle dans le cadre des branches en prenant en compte les problématiques des entreprises, la dynamisation des réseaux de distribution, la proximité... Il faut sortir d'un marketing de l'offre minimaliste centré sur l'argumentaire produit pour déboucher sur une stratégie de réponse globale au client. Enfin, ultime challenge sur le terrain des plateformes santé et des services additionnels, il va falloir développer des solutions innovantes pour limiter concrètement les restes à charge. Nous distinguons aujourd'hui des signaux clairs sur le cap que nous sommes en train de franchir en ce sens. Traditionnellement, les plateformes de santé négociaient les tarifs avec les professionnels de santé (optique, dentaire, audioprothèses...) mais le système a atteint son paroxysme et ne peut plus obtenir légalement des prix encore davantage sacrifiés. Du coup, pour agir sur les tarifs et les dépassements d'honoraires, il est nécessaire d'opérer avec un autre mode de fonctionnement qui n'est pas simplement celui de la centrale d'achat mais qui appelle à une réflexion plus sophistiquée pour impacter directement sur le parcours de santé. Actionner plus favorablement la prévention pour in fine réduire le coût global des soins. Un exemple précis et très intéressant est celui de Santéclair qui a monté un réseau orthopédique début 2016 sur des critères qualitatifs tels que le risque de rechutes et de complications. On ne songe plus aux prix mais à la qualité des prestations pour garantir un reste à charge nul. Une initiative à surveiller de près. En conclusion, nous pouvons avancer que l'assurance santé est, et continuera d'être à moyen terme, en pleine révolution de son approche métier.       

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